Interview de
Christophe Gallet, architecte infrastructures
Christophe Gallet, ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale de Lyon, a rejoint ACMI dès 1988 et y a développé une expertise pointue en architecture des systèmes d’information autour de la plateforme IBM Power. Ses différentes responsabilités chez ACMI l’ont amené à participer aux projets d’infrastructure de nos plus grands clients. Depuis 2011, Christophe Gallet est Secrétaire Général d’ACMI.
Pendant longtemps, le stockage était considéré comme une simple brique technique. Tant que les données étaient accessibles, le sujet restait en arrière-plan. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Explosion des volumes de données, généralisation des environnements virtualisés, développement du cloud hybride, intelligence artificielle, multiplication des cyberattaques… Le stockage est désormais au cœur de la performance et de la résilience du système d'information.
Dans ce contexte, les entreprises attendent bien davantage qu’une baie performante. Elles recherchent une plateforme capable de protéger leurs données, d’évoluer avec leurs usages et de simplifier l’exploitation quotidienne.
Christophe Gallet, Architecte Infrastructures ACMI, partage ici son retour d’expérience sur les évolutions du marché et les raisons qui font aujourd’hui d’IBM FlashSystem une référence.
Le stockage est longtemps resté une infrastructure "invisible". Pourquoi est-il devenu un sujet stratégique ?
Il y a une dizaine d’années, lorsqu’un utilisateur se plaignait de lenteurs, on regardait d’abord les serveurs ou le réseau. Le stockage arrivait souvent en dernier dans le diagnostic.
Aujourd’hui, la situation est complètement différente, les applications manipulent énormément plus de données qu’auparavant. Les bases SQL atteignent plusieurs dizaines de téraoctets, les plateformes VMware hébergent plusieurs centaines de machines virtuelles, les applications d’analyse exploitent des volumes toujours plus importants et l’intelligence artificielle impose des débits extrêmement élevés.
Dans ce contexte, le stockage devient un accélérateur… ou un frein.
Mais la performance n’est plus le seul sujet. Les DSI doivent aussi garantir une disponibilité permanente des données, se protéger contre les ransomwares, préparer un PRA, gérer plusieurs environnements cloud et contenir leur consommation énergétique.
Le stockage concentre aujourd’hui tous ces enjeux. C’est précisément pour cela que les plateformes modernes comme IBM FlashSystem ne sont plus simplement des baies de disques : elles deviennent de véritables plateformes de gestion des données.
Beaucoup d'entreprises sont déjà passées au Flash. Pourquoi IBM continue-t-il d'investir autant dans cette technologie ?
Parce que le Flash continue d’évoluer.
On a parfois tendance à croire que tous les SSD se valent. En réalité, il existe aujourd’hui une différence importante entre des disques Flash standards et une plateforme pensée dès l’origine autour du Flash.
IBM développe par exemple ses propres FlashCore Modules, qui ne sont pas de simples SSD.
Ils embarquent directement des fonctions de compression matérielle, de chiffrement, de contrôle d’intégrité des données et, désormais, des mécanismes capables de détecter les comportements caractéristiques d’un ransomware.
Autrement dit, une partie de l’intelligence est directement intégrée dans le support de stockage. Cela permet de conserver des performances très élevées tout en renforçant la sécurité.
C’est une approche assez différente de celle consistant simplement à ajouter des fonctions logicielles au-dessus d’un stockage traditionnel.
Les constructeurs annoncent tous des performances impressionnantes. Qu'est-ce qui fait réellement la différence sur le terrain ?
Les chiffres marketing sont intéressants… mais ils ne racontent jamais toute l’histoire.
Une entreprise n’achète pas des millions d’IOPS. Elle achète une infrastructure capable de faire tourner ses applications sans ralentissement pendant plusieurs années.
Ce qui compte réellement, c’est la régularité des performances lorsque plusieurs centaines de machines virtuelles sollicitent simultanément le stockage, lorsque les sauvegardes démarrent, lorsqu’une réplication est en cours ou lorsqu’un utilisateur lance une extraction de plusieurs centaines de gigaoctets.
C’est dans ces situations que l’architecture globale fait la différence.
IBM FlashSystem combine les FlashCore Modules, une architecture NVMe de bout en bout et IBM Storage Virtualize pour maintenir un niveau de performances constant, quelles que soient les charges.
Et c’est exactement ce que recherchent les DSI : de la prévisibilité.
Aujourd'hui, la cyber-résilience est devenue un critère de choix majeur. Est-ce vraiment le rôle d'une baie de stockage de lutter contre les ransomwares ?
Il y a encore quelques années, on considérait que la cybersécurité relevait principalement des pare-feu, des antivirus ou des solutions de sauvegarde.
Aujourd’hui, ce n’est plus suffisant, les attaquants ciblent directement les données. Leur objectif n’est plus de pénétrer un système, mais d’empêcher l’entreprise d’accéder à son patrimoine informationnel.
Le stockage devient donc une ligne de défense essentielle.
C’est l’une des évolutions les plus intéressantes que j’observe chez IBM. FlashSystem n’est plus seulement conçu pour stocker les données rapidement ; la plateforme participe activement à leur protection.
La fonctionnalité Safeguarded Copy en est un bon exemple. Elle permet de créer automatiquement des copies immuables, totalement isolées de l’environnement de production. Même si un ransomware obtient des droits d’administration, ces copies restent protégées et peuvent servir de point de restauration.
Les nouveaux FlashCore Modules vont encore plus loin en analysant les flux d’écriture directement dans les modules Flash. Ils sont capables d’identifier des comportements anormaux, comme un chiffrement massif de fichiers, et d’alerter très rapidement les équipes d’exploitation.
Ce qui me paraît intéressant, c’est que la protection ne repose plus sur un seul outil. Elle est répartie sur plusieurs couches de l’infrastructure, dont le stockage fait désormais partie.
IBM Storage Virtualize est souvent présenté comme le véritable moteur de FlashSystem. Pourquoi ?
Parce que c’est probablement la fonctionnalité que les clients découvrent vraiment… après le projet.
Lorsque l’on parle stockage, on regarde spontanément les performances, la capacité ou les technologies Flash. Pourtant, ce qui change réellement le quotidien des équipes, c’est la manière dont le stockage est administré.
IBM Storage Virtualize apporte cette simplicité.
Toutes les ressources sont présentées comme un pool unique, même lorsqu’elles proviennent de plusieurs baies ou de plusieurs générations de matériels.
Pour un administrateur, cela change tout.
Les migrations deviennent quasiment transparentes. Il est possible de remplacer une baie vieillissante sans interrompre les applications, de déplacer des volumes entre différents systèmes ou de faire évoluer l’infrastructure progressivement.
C’est également cette couche logicielle qui permet de mettre en œuvre la réplication, les plans de reprise d’activité, l’HyperSwap ou encore l’intégration avec le cloud hybride.
Au final, je dirais que FlashSystem fournit les performances, tandis que Storage Virtualize apporte toute l’intelligence de l’infrastructure.
Les projets de migration de stockage sont souvent redoutés. Est-il encore nécessaire de prévoir des interruptions de service ?
C’était vrai il y a quelques années. Changer de baie impliquait souvent une longue préparation, des fenêtres de maintenance parfois organisées le week-end, et une certaine dose de stress.
Aujourd’hui, les choses ont beaucoup évolué.
Grâce à IBM Storage Virtualize, il est possible de déplacer les données d’une baie vers une autre pendant que les applications continuent de fonctionner et pour les utilisateurs, cette migration est totalement transparente.
C’est un avantage considérable, d’abord parce qu’il réduit fortement le risque lié au projet et ensuite parce qu’il permet d’étaler les opérations dans le temps, sans imposer de coupure de production.
Cette souplesse change complètement la manière de conduire les projets de modernisation. Les entreprises ne sont plus obligées d’attendre qu’une infrastructure arrive en fin de vie pour préparer son remplacement.
Elles peuvent faire évoluer leur environnement progressivement, au rythme de leurs besoins.
L'intelligence artificielle bouleverse déjà les infrastructures. Quelles conséquences cela a-t-il sur le stockage ?
On parle beaucoup des GPU ou de la puissance de calcul, mais l’intelligence artificielle repose avant tout sur la capacité à accéder rapidement à des volumes considérables de données.
Un moteur d’IA ne crée pas de valeur si les données arrivent trop lentement, le stockage devient donc un élément déterminant.
Les plateformes FlashSystem ont été conçues pour absorber ces nouveaux usages : traitements parallèles, charges très variables, accès simultanés à de grands ensembles de données et montée en charge rapide.
Mais l’IA intervient également dans l’administration de la plateforme.
Avec IBM Storage Insights, les équipes disposent d’analyses prédictives qui permettent d’anticiper certaines dérives de performances, d’identifier des comportements inhabituels ou de recommander des optimisations.
Je crois beaucoup à cette approche, les administrateurs ne passent plus leur temps à surveiller des tableaux de bord. Ils disposent d’indicateurs qui leur permettent d’intervenir avant que les utilisateurs ne perçoivent un problème et c’est une évolution importante du métier.
Cloud hybride, Kubernetes, conteneurs… Les infrastructures deviennent de plus en plus complexes. Comment garder la maîtrise ?
La plupart des entreprises n’exploitent plus une seule infrastructure.
On retrouve des applications historiques dans le datacenter, des services hébergés dans plusieurs clouds publics, des plateformes Kubernetes, parfois des environnements IBM Power, VMware ou Red Hat OpenShift.
Le véritable défi consiste à faire fonctionner cet ensemble de manière cohérente et c’est précisément ce que permet FlashSystem.
La plateforme s’intègre naturellement dans ces environnements très différents, tout en conservant une administration homogène.
Les données peuvent être répliquées entre plusieurs sites, migrées vers le cloud, ou utilisées par des applications conteneurisées sans multiplier les outils d’administration.
Pour les équipes informatiques, cela représente un vrai gain de temps.
Elles pilotent une plateforme de données unique, même si les infrastructures physiques sont réparties entre plusieurs sites et plusieurs fournisseurs de cloud.
Je pense que c’est cette capacité d’intégration qui fait aujourd’hui la différence.
Après toutes ces années passées à accompagner les entreprises, quel conseil donneriez-vous à un DSI qui lance un projet de modernisation du stockage ?
Je lui conseillerais d’abord de ne pas regarder uniquement les caractéristiques techniques des baies.
Les performances sont importantes, bien sûr, mais elles ne représentent plus le principal facteur de différenciation.
Il faut se poser d’autres questions :
- Comment protéger les données face aux cyberattaques ?
- Comment faire évoluer l’infrastructure dans cinq ou huit ans ?
- Comment simplifier les futures migrations ?
- Comment limiter les coûts d’exploitation ?
- Comment accompagner les projets cloud ou IA qui arriveront demain ?
Ce sont ces réponses qui feront la valeur du projet sur la durée.
Chez ACMI, nous commençons toujours par analyser les usages avant de parler de technologie.
Chaque entreprise possède son propre contexte, ses contraintes réglementaires, ses objectifs métiers et son historique informatique.
Notre rôle consiste justement à concevoir une architecture qui répond à ces besoins tout en restant suffisamment évolutive pour accompagner les transformations futures.
Le stockage n’est plus une simple infrastructure.
C’est devenu un investissement stratégique qui conditionne la performance, la résilience et la capacité d’innovation de l’entreprise.