La Haute-Disponibilité – Avis d’Expert

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Interview de

Julien Bigo, Consultant Haute-Disponibilité

Ingénieur en électronique et informatique, diplômé de l’ESIGELEC de Rouen, Julien Bigo dispose de plus de 25 ans d’expérience sur les environnements IBM i.

Une solide expertise technique et opérationnelle acquise chez un grand acteur de conseil & services IT en tant qu'ingénieur de production, lui a permis d'évoluer ensuite vers un poste de Responsable Informatique au sein d’une entreprise de fabrication de jouets.

Depuis 17 ans chez ACMI, Julien a occupé plusieurs fonctions, notamment consultant et responsable du support. Il intervient aujourd’hui sur l’installation et la mise en œuvre de solutions de haute disponibilité, en particulier MIMIX, avec un fort engagement sur la fiabilité et la continuité des systèmes d’information.

Comment garantir la continuité des services lorsque les applications IBM i sont devenues critiques pour l'activité de l'entreprise ? Comment concilier disponibilité permanente, sécurité des données et exigences de reprise en cas d'incident ? À l'heure où les interruptions de service ne sont plus acceptables, la haute disponibilité s'impose comme un levier essentiel de résilience, que les infrastructures soient hébergées sur site, dans le Cloud ou au sein d'environnements hybrides.

Dans cet entretien, Julien Bigo revient sur les enjeux de la haute disponibilité en environnement IBM Power / IBM i. Il partage son expérience de terrain et apporte des réponses concrètes aux questions que se posent aujourd’hui les DSI : gestion des risques, objectifs de RPO et de RTO, choix d’une solution de PRA ou encore rôle de l’intégrateur dans la réussite du projet.

La sécurité et la disponibilité des données sont des préoccupations majeures des DSI. Cette tendance est-elle en phase avec vos observations de terrain ?

Absolument. Depuis 40 ans, ACMI accompagne des entreprises dans la gestion de leurs infrastructures IBM Power. Une constante se dégage : la sécurité des données et la continuité de service figurent aujourd’hui parmi les priorités absolues des DSI. Toutes les études récentes le confirment : ces deux enjeux sont désormais indissociables.

L’essor du Cloud n’a d’ailleurs pas fait disparaître le besoin de haute disponibilité. Au contraire. Les infrastructures sont devenues plus complexes, davantage virtualisées et plus fortement consolidées. Résultat : lorsqu’un serveur critique devient indisponible, c’est souvent une part importante de l’activité de l’entreprise qui s’interrompt.

Les applications IBM i ont également beaucoup évolué. Longtemps cantonnées au back-office, elles sont aujourd’hui au cœur des processus métiers et des services proposés aux clients. Une interruption, même de courte durée, peut rapidement avoir des conséquences opérationnelles, financières et commerciales.

Les attentes des utilisateurs ont elles aussi changé. Ils attendent un accès permanent aux applications, sans distinction entre les périodes d’exploitation, les sauvegardes ou les opérations de maintenance. Comme il paraît inconcevable aujourd’hui qu’une banque soit inaccessible pendant plusieurs heures, les entreprises ne peuvent plus se permettre d’interrompre leurs collaborateurs ou leurs clients pour des raisons purement techniques.

Au-delà du temps de reprise (RTO), une autre question devient essentielle : combien de données l’entreprise est-elle prête à perdre ? C’est tout l’enjeu du RPO (Recovery Point Objective).

Or, dans la plupart des organisations, la réponse est implicite : aucune. Reprendre l’activité avec les données de la veille ou perdre quelques minutes de transactions n’est plus acceptable pour des métiers où chaque opération compte.

Aujourd’hui, l’objectif est donc clair : viser un RPO proche de zéro et un RTO de quelques minutes, afin de garantir une continuité de service quasiment transparente pour les utilisateurs.

Quels sont les risques les plus couramment cités par vos interlocuteurs ?

Lorsqu’on évoque les risques, on pense spontanément aux incendies, aux inondations, aux pannes matérielles ou aux coupures réseau. Bien que ces événements puissent avoir un impact majeur, ils restent relativement rares.

Dans les faits, la majorité des interruptions de service provient de situations beaucoup plus courantes : une erreur de manipulation, une mauvaise configuration, une opération de maintenance ou une intervention technique qui se déroule mal. On estime d’ailleurs que près de 99 % des arrêts ne sont pas liés à un sinistre, mais à des opérations planifiées ou à des erreurs humaines.

À cela s’ajoutent les actes de malveillance, qu’ils soient internes ou externes. Même sur une plateforme aussi robuste qu’IBM Power avec IBM i, aucun système n’est totalement à l’abri lorsqu’un utilisateur dispose de droits d’administration importants ou lorsqu’une compromission survient.

C’est pourquoi la haute disponibilité ne doit pas être considérée uniquement comme une réponse aux catastrophes majeures. Elle fait partie intégrante d’une stratégie globale de résilience informatique, permettant de garantir un accès permanent aux données, quelles que soient les circonstances.

Aujourd’hui, les solutions de haute disponibilité et de sécurité travaillent de concert pour assurer la continuité des activités, limiter les conséquences d’un incident et permettre un redémarrage rapide des services.

La haute disponibilité est-elle encore d’actualité à l’heure du Cloud, des solutions SaaS et de l’informatique hybride ?

Plus que jamais.

Migrer ses applications vers le Cloud ou adopter des solutions SaaS ne supprime pas les enjeux de disponibilité. Les infrastructures évoluent, mais les besoins métiers restent les mêmes : les utilisateurs doivent pouvoir accéder à leurs données et à leurs applications en permanence.

Qu’un serveur IBM Power soit hébergé dans un datacenter, dans un Cloud privé ou sur le site de l’entreprise, il reste soumis aux mêmes contraintes : maintenance, mises à jour, incidents techniques ou événements imprévus. La question n’est donc plus de savoir où se trouvent les systèmes, mais comment garantir la continuité de service lorsqu’un incident survient.

C’est précisément l’objectif d’une architecture de haute disponibilité. Elle permet notamment de maintenir l’accès aux applications pendant certaines opérations de maintenance, comme les sauvegardes complètes du système.

Nous avons par exemple accompagné une grande banque en Nouvelle-Calédonie exploitant la majorité des distributeurs automatiques de l’île. Grâce à une architecture de réplication adaptée, les opérations de sauvegarde hebdomadaires peuvent être réalisées sans interrompre les services : les clients continuent d’effectuer leurs transactions en toute transparence.

Cette capacité à assurer une continuité de service est aujourd’hui essentielle, quel que soit le mode d’hébergement retenu.

Chez ACMI, nous exploitons des infrastructures Cloud IBM Power depuis près de vingt ans. Cette expérience nous permet d’accompagner nos clients dans tous les scénarios : infrastructures hébergées chez ACMI, environnements hybrides ou architectures entièrement on-premise. Chaque projet est conçu en fonction des exigences de disponibilité, de sécurité et de continuité d’activité propres à chaque organisation.

Comment vos solutions sur Power i répondent-elles à cette demande accrue de sécurité et de disponibilité des données et des applications ?

IBM i est reconnu pour sa robustesse et son excellent niveau de sécurité. Cette fiabilité constitue un atout majeur, mais elle ne protège pas contre tous les risques. Comme toute infrastructure informatique, un environnement IBM Power reste exposé aux interruptions de service, qu’elles soient liées à une panne, à une maintenance ou à une erreur humaine.

Le principe de la haute disponibilité consiste à supprimer ce point de vulnérabilité.

Concrètement, nous mettons en œuvre un second serveur qui réplique en permanence les données, les objets système et les transactions du serveur de production. Cette copie, constamment synchronisée, constitue un miroir logique de l’environnement de production.

Cette architecture offre plusieurs avantages. Elle permet tout d’abord d’effectuer les sauvegardes sur le serveur secondaire, sans interrompre la production. Elle facilite également les opérations de maintenance, qui peuvent être réalisées avec un impact minimal pour les utilisateurs.

Enfin, en cas d’incident, le basculement vers le serveur de secours s’effectue rapidement, sans perte de données et avec une interruption de service réduite au minimum.

La réplication fonctionne selon un modèle actif/passif : le serveur principal traite les traitements métiers tandis que le serveur secondaire reçoit en continu les mises à jour. Si le serveur de production devient indisponible, le relais est assuré en quelques minutes seulement, garantissant ainsi la continuité des activités.

Quels sont les points à prendre en compte pour faire le choix d’une solution de PRA pertinente ?

Le premier critère d’un PRA ne devrait pas être le délai annoncé pour remettre un serveur en service, mais la capacité à reprendre l’activité sans compromettre l’intégrité des données.

Beaucoup de solutions reposent encore sur une restauration classique des sauvegardes. Cette approche permet certes de redémarrer un environnement, mais elle implique des temps de récupération parfois importants et surtout un risque de perte ou d’incohérence des dernières transactions.

C’est pourquoi nous privilégions une approche fondée sur la haute disponibilité plutôt que sur la seule restauration. Grâce à une réplication continue des données, le serveur de secours est maintenu dans un état opérationnel permanent. En cas d’incident, il peut prendre le relais immédiatement, sans reconstruction préalable de l’environnement.

Cette approche permet d’atteindre des objectifs de RPO proche de zéro et de réduire considérablement le RTO, même dans les environnements les plus critiques.

Nous avons notamment accompagné une société spécialisée dans les services financiers opérant sur les marchés d’Euronext. Son activité impose une disponibilité permanente : chaque transaction est horodatée à la microseconde et aucune perte de données n’est envisageable.

Pour répondre à ces exigences, nous avons déployé une architecture de haute disponibilité composée de plusieurs clusters IBM Power, capables d’assurer un basculement automatique en moins de trois minutes, sans perte de transaction. Ce type de projet illustre parfaitement ce qu’un PRA moderne doit permettre : une reprise quasi instantanée de l’activité, sans impact pour les utilisateurs.

Pourquoi utiliser un logiciel alors qu’il existe de nombreuses solutions de réplication entre disques ou au niveau des couches de virtualisation ?

Toutes les technologies de réplication ne fonctionnent pas de la même manière.

Sur IBM i, une partie des données les plus récentes est d’abord conservée en mémoire avant d’être écrite sur disque. Cette spécificité de l’architecture constitue un avantage en matière de performances, mais elle nécessite une approche adaptée lorsqu’il s’agit de garantir la continuité d’activité.

Les solutions de réplication au niveau du stockage ou des baies de disques copient uniquement les données déjà enregistrées sur les supports physiques. En cas d’arrêt brutal du système, certaines transactions encore présentes en mémoire risquent donc de ne pas être récupérées.

La réplication logicielle fonctionne différemment. En s’appuyant sur la journalisation native d’IBM i, elle réplique les transactions en temps réel, dès leur validation par le système. Les données sont ainsi synchronisées en continu, qu’elles résident en mémoire ou sur disque.

C’est le choix que nous avons fait avec MIMIX Availability, la solution de notre partenaire Precisely. Elle garantit une réplication à la transaction près et permet un redémarrage rapide sans perte de données.

Nous avons notamment mis en œuvre cette solution chez un grand opérateur télécom afin de remplacer une réplication de baie à baie devenue insuffisante. Les tests ont démontré la capacité à redémarrer un environnement de près de 150 To de données actives sur une partition de secours dans des délais très courts, tout en préservant l’intégrité des données.

Au-delà des performances, c’est cette garantie de cohérence qui fait aujourd’hui toute la différence.

Quel rôle assure ACMI dans la mise en œuvre de ces solutions ?

La réussite d’un projet de haute disponibilité ne repose pas uniquement sur le choix d’une technologie. Elle dépend avant tout de la capacité à concevoir une architecture adaptée aux enjeux métiers de chaque entreprise.

Notre rôle consiste d’abord à définir, avec le client, les objectifs de disponibilité à atteindre, notamment en matière de RPO et de RTO. Il n’existe pas de solution universelle : chaque infrastructure, chaque organisation et chaque niveau de criticité nécessitent une approche sur mesure.

Nous commençons généralement par sécuriser les applications et les serveurs les plus critiques. Cette première étape permet de protéger le cœur du système d’information avant d’étendre progressivement la démarche à l’ensemble des infrastructures.

La haute disponibilité doit en effet s’inscrire dans une réflexion plus globale autour de la continuité d’activité.

C’est pourquoi notre méthodologie débute par l’élaboration d’un Plan de Reprise Informatique (PRI), puis se poursuit avec la définition d’un Plan de Continuité d’Activité (PCA). Celui-ci prend en compte l’ensemble de l’écosystème informatique : serveurs, réseaux, applications, procédures d’exploitation, équipes techniques et utilisateurs.

L’objectif est de construire une stratégie durable de résilience, capable d’assurer la continuité des activités, quelles que soient les circonstances.